Si vous lisez cet article, il est possible que vous soyez dans une période un peu particulière.
Vous sentez bien que votre relation à la nourriture vous fait souffrir.
Vous avez peut-être déjà essayé de changer, à plusieurs reprises.
Vous avez parfois réussi pendant quelques jours, quelques semaines, voire plusieurs mois.
Puis les compulsions sont revenues.
Aujourd’hui, une partie de vous aimerait vraiment sortir de ce fonctionnement. Mais une autre partie n’est pas prête à lâcher ce qui, malgré tout, lui permet de tenir.
Bienvenue dans la phase de contemplation.
Qu’est-ce que la contemplation ?
Dans cette phase, la personne reconnaît qu’il existe un problème.
Contrairement à la pré-contemplation, elle ne minimise plus vraiment sa souffrance.
Elle voit les conséquences de ses comportements.
Elle aimerait parfois vivre autrement.
Mais elle reste profondément partagée.
C’est ce que l’on appelle l’ambivalence.
Une partie d’elle souhaite changer.
Une autre résiste.
Et ces deux parties ont leurs raisons, le plus souvent la même : prendre soin.
Le véritable combat ne se joue pas contre la nourriture
Beaucoup de personnes pensent que leur problème est un manque de volonté.
En réalité, ce qu’elles vivent est beaucoup plus complexe.
La nourriture remplit des fonctions très importantes.
- Elle apaise.
- Elle rassure.
- Elle récompense.
- Elle occupe l’esprit.
- Elle calme certaines émotions.
- Elle permet parfois simplement de survivre à des journées difficiles.
Alors lorsque l’on envisage de la perdre, le cerveau ne voit pas uniquement ce que l’on abandonne.
Il voit surtout ce qu’il risque de perdre.
Et c’est précisément là que naît l’ambivalence.
Ce que l’on ressent dans cette phase
La contemplation est souvent épuisante.
On oscille sans cesse entre deux envies.
« Il faut vraiment que j’arrête. »
Puis quelques heures plus tard :
« Je commencerai demain. »
Ou encore :
« Ce n’est pas le bon moment. »
Cette oscillation peut durer des semaines, des mois, parfois des années…
Certaines personnes culpabilise énormément face à leur indécision, alors qu’en réalité, elle est parfaitement normale et fait parti du process.
Changer, ce n’est pas seulement modifier un comportement. C’est accepter de quitter quelque chose qui nous protège, et affronter ce qui a amené à cette addiction initialement et ce qui l’a nourri depuis.
Les pensées que l’on retrouve souvent
Dans cette phase, les phrases intérieures ressemblent souvent à ceci :
- « Je sais que je mange pour gérer mes émotions. »
- « Je voudrais arrêter, mais je ne sais pas comment. »
- « J’ai peur d’échouer encore. »
- « Et si je faisais tous ces efforts pour rien ? »
- « Je ne suis pas sûre d’en être capable. »
- « Si je n’ai plus la nourriture, qu’est-ce qui va m’aider ? »
Ces questions sont importantes. Elles montrent que le changement commence à prendre sa place dans votre esprit.
Mais elles révèlent aussi les peurs qui l’accompagnent pour les gérer en amont.
Ce qui se passe dans le cerveau
Notre cerveau adore la sécurité et l’économie d’énergie.
Même lorsqu’une habitude nous fait souffrir, elle reste prévisible et donc économique.
À l’inverse, le changement représente une forme d’inconnu.
Le cerveau préfère souvent une souffrance connue à une incertitude.
C’est pourquoi il est fréquent de voir apparaître des pensées qui découragent le passage à l’action, qui plus est lorsque la difficulté initiale n’a pas été réglé.
Ce n’est pas de la paresse.
Ce n’est pas un manque de caractère.
C’est un fonctionnement normal du système nerveux, dont la mission première est de vous protéger. A un moment, une part de soi a fait du mieux qu’elle pouvait pour gérer la situation et aujourd’hui encore, cette même part pense faire au mieux.
Pourquoi les régimes échouent souvent à cette étape ?
Beaucoup de personnes pensent qu’elles doivent simplement trouver la bonne méthode alimentaire.
Mais lorsqu’on est en contemplation, le problème n’est généralement pas le manque d’informations.
On sait déjà ce qu’il faudrait faire. Le véritable enjeu est ailleurs.
Il consiste à préparer progressivement le cerveau à accepter le changement et à aller vers la problématique de fond pour la gérer autrement.
Sans cela, chaque régime devient un nouveau combat contre soi-même.
Et plus on lutte, plus le cerveau cherche à retrouver ce qui le rassure.
Le rôle du thérapeute
Il cherche à comprendre.
Pourquoi cette partie de vous tient-elle autant à conserver les compulsions ? Que cherche-t-elle à protéger ? De quoi a-t-elle peur ? Quels besoins tente-t-elle de satisfaire ?
Ce changement de regard est souvent libérateur.
On cesse progressivement de voir les compulsions comme un ennemi. On commence à les considérer comme une stratégie de protection qui, un jour, a été utile.
Et lorsqu’on comprend ce que cette stratégie essaye de faire pour nous, il devient possible d’imaginer d’autres façons de répondre à ces besoins.
Là où l’hypnose peut devenir précieuse
Contrairement aux idées reçues, l’hypnose ne consiste pas à faire disparaître une envie de manger par magie.
En addictologie, elle est avant tout un outil pour accompagner le cerveau dans son processus de changement.
Lorsqu’une personne est en contemplation, elle sait souvent ce qu’elle voudrait faire.
Mais elle ne le ressent pas encore profondément.
Une partie d’elle reste attachée à ses automatismes.
L’hypnose permet justement de travailler avec cette partie plutôt que contre elle.
Elle peut aider à :
- diminuer certains conflits intérieurs ;
- explorer les besoins cachés derrière les compulsions ;
- renforcer le sentiment de sécurité face au changement ;
- mobiliser les ressources déjà présentes chez la personne ;
- commencer à construire une nouvelle identité, dans laquelle le changement devient envisageable.
Il ne s’agit pas de convaincre votre inconscient.
Il s’agit de lui permettre de découvrir qu’il existe peut-être d’autres solutions que celles qu’il utilise aujourd’hui.
Car un inconscient ne renonce pas à une stratégie tant qu’il n’en perçoit pas une autre comme étant au moins aussi sécurisante.
Comment sait-on que l’on passe à la phase suivante ?
Un changement discret s’opère.
La personne ne dit plus seulement :
« Il faudrait que je change. »
Elle commence à dire :
« Comment pourrais-je m’y prendre ? »
La question n’est plus « Est-ce que je dois changer ? »
Elle devient :
« Par où commencer ? »
C’est le signe que la préparation est en train de s’installer.
Le changement n’est pas encore visible de l’extérieur.
Mais intérieurement, quelque chose est déjà en mouvement.
Si vous vous reconnaissez dans cette phase…
Si vous avez l’impression d’être tiraillée entre l’envie de changer et la peur d’abandonner ce qui vous soulage aujourd’hui, sachez que vous n’êtes pas incohérente.
Vous êtes en train de négocier avec un cerveau qui a appris, parfois depuis très longtemps, que la nourriture était une réponse fiable à certaines souffrances.
Cette ambivalence n’est pas un obstacle au changement.
Elle en est souvent le point de départ.
Le rôle d’un accompagnement n’est pas de faire taire vos hésitations.
Il est de leur donner un espace pour être entendues, comprises, puis progressivement dépassées.
Car lorsqu’on cesse de lutter contre soi-même, on découvre souvent que le changement demande moins de force qu’on ne l’imaginait… et beaucoup plus de compréhension.
Et si votre inconscient avait lui aussi besoin de temps ?
Dans cette phase, beaucoup de personnes ont l’impression d’avoir dans leur tête « un ange et un diable ».
L’un veut avancer. L’autre freine constamment voir fait marche arrière.
En réalité, ces deux parties poursuivent souvent le même objectif : vous protéger, vous faire du bien, vous calmer…
Simplement, elles ne sont pas d’accord sur la manière d’y parvenir.
L’hypnose permet justement d’explorer cette ambivalence sans chercher à faire taire une partie de vous.
Elle offre au contraire, un espace où chacune de ces parties peut être entendue, comprise et progressivement rassurée.
Lorsque le cerveau découvre qu’il existe d’autres façons de répondre à ses besoins de sécurité, d’apaisement ou de réconfort, il devient souvent plus disponible pour envisager le changement.
Le travail ne consiste donc pas à lutter contre votre inconscient.
Il consiste à l’amener, pas à pas, à considérer qu’une autre voie est désormais possible.
À retenir en une phrase :
L’ambivalence n’est pas un frein au changement, c’est le changement qui commence.